Pour quoi philosopher? D’abord pour savoir ce que l’on veut vraiment!

Par Étienne Groleau, Professeur de philosophie, Cégep Beauce-Appalaches

En 2018, pour quoi philosopher?

Demander à quoi sert la philosophie c’est demander pour quoi elle est utile. Cette remise en question revient sans cesse et aucune réponse ne semble être définitive. C’est que la question est beaucoup plus difficile qu’elle n’y paraît. Elle suppose une réflexion sur le sens même de la vie. Rien de moins.

Homme de Vitruve, Léonard de Vinci, vers 1490

Ce qui est utile, est utile pour quelque chose d’autre. C’est un moyen vers une fin. Celui qui demande à connaître l’utilité de la philosophie a nécessairement en tête une finalité. La question cherche donc à obtenir une explication de l’avantage que la philosophie offre pour cette finalité. Pour répondre, il faut donc bien connaître son interlocuteur. Si l’on veut offrir une réponse plus profonde, plus universelle, si l’on veut atteindre l’utilité de la philosophie en elle-même, il faut alors établir la finalité de l’espèce humaine. Tâche qui présente tout un défi.

On peut justifier l’importance de la philosophie de bien des façons. Très concrètement, elle offre des outils puissants à qui la pratique. Le développement de l’esprit critique, l’organisation des idées, la capacité à défendre ses opinions, etc., sont toutes des «compétences» intéressantes tant pour un individu dans sa vie quotidienne que pour un employeur. Avec les nouvelles technologies et les problèmes complexes qui en résultent, la philosophie devient de plus en plus une discipline incontournable. Si de nombreux emplois tendent à disparaître sous l’autonomisation de la production, d’autres sont créés et exigent de l’humain beaucoup plus que ses simples capacités mécaniques.

Très souvent, celui qui cherche à connaître l’utilité de la philosophie a en tête une vision économique de la réalité. On présume alors que la valeur d’une discipline doit être évaluée par son apport à l’économie. Ce qui nous permet de gagner de l’argent est utile pour la société tout en nous offrant plus de liberté pour… autre chose. Mais l’économie ne saurait être une finalité en soi. En son sens courant l’économie n’est qu’un outil que l’humain s’est donné pour atteindre ses fins, pour simplifier certains échanges de biens et services. Si l’on réfléchit un peu sur l’utilité de l’économie, nous revenons à la même question que lorsque l’on demande l’utilité de la philosophie. Quelle est cette «autre chose» pour laquelle nous travaillons? Que voulons-nous vraiment? Quelle est la finalité de l’humain? Pour quoi, faisons-nous quoi que ce soit? Qu’elle est l’utilité de se lever le matin? À quoi sert de manger, de travailler, d’étudier? Un cynique y verra la pointe du nihilisme et la naissance d’une crise existentielle. À quoi sert de vivre?

Au contraire de toutes les autres disciplines, la philosophie affronte directement cette réflexion ultime et ose poser la grande question du sens de la vie. Pour quoi philosopher? D’abord pour savoir ce que l’on veut vraiment. Seulement une fois cela établit pourrons-nous, alors, nous questionner à savoir si la philosophie peut également nous aider à atteindre cet objectif.