La question de la beauté dans le film Chercher le courant

Par Nicolas Boisclair, réalisateur, scénariste, recherchiste

Nicolas Boisclair. Source de l'image: http://www.chercherlecourant.com

Nicolas Boisclair. Source de l’image:
http://www.chercherlecourant.com

À un an du début d’un chantier hydroélectrique de 8 milliards de dollars prévu par Hydro-Québec sur la rivière Romaine, nous avions décidé de parcourir cette rivière en canot. Un «  trip » de 500 km qui nous amènera de sa source aux frontières du Labrador à son embouchure dans le Golfe du Saint-Laurent.

Pourquoi ? Parce qu’il nous apparaissait que cette rivière que nous n’avions vue à cette époque qu’en photo méritait un long métrage complet afin de la faire connaître de tout le monde et en soulever les enjeux. Peut-être alors que les gens voudraient collectivement protéger cette rivière ou les quelques grandioses rivières qu’il nous reste contre des projets hydroélectriques de Hydro-Québec. Également, nous sentions que peut-être plusieurs auraient envie de se tourner une fois pour toutes vers les énergies vertes et surtout vers une meilleure efficacité énergétique.

Lien vers le film

La commande était grande. La beauté de l’écosystème serait-elle suffisante pour insuffler au peuple ce désir de changer les choses ? Avions-nous collectivement assez détruit de beauté pour que cette fois la population dise non, se retrousse les manches et se mobilise? Lors du tournage, nous n’avions pas cette réponse, mais nous étions convaincus que cette rivière était un joyau. Kilomètre par kilomètre, nous avons ouvert grands nos yeux et l’objectif de la caméra sur cet écosystème spectaculaire et encore sauvage. Mais il fallait remplir deux conditions pour opérer un changement : faire connaître et donner l’envie de changer.

La prémisse de base pour que les Québécois adoptent les énergies vertes était pour nous qu’ils doivent d’abord les connaître. Ce qui était très peu le cas alors à notre avis. Un objectif du film est donc devenu informatif au sujet des énergies vertes et des obstacles à leur émergence. Il nous est apparu alors qu’il fallait impérativement mettre en parallèle dans ce film une quête plus « cérébrale » impliquant cette fois Roy Dupuis, cela afin d’augmenter nos connaissances des énergies vertes.

Nous consultons donc des experts et des gens de terrain tout au long du film. Ils nous révèlent d’étonnantes surprises sur les énergies vertes et leur potentiel au Québec, suggérant qu’il y a des occasions d’affaires importantes dans ce domaine, et ce pour des générations à venir.

Ensuite, la deuxième prémisse de base pouvait entrer en jeu. Après la connaissance, la population devait aussi avoir envie de se tourner vers les énergies vertes. Ceci nous amena alors l’idée de présenter d’une part la fascinante beauté de cette rivière et d’autre part la menace pesant sur celle-ci. Il nous apparaissait important de faire comprendre les impacts des projets hydroélectriques sur nos magnifiques espaces. Évidemment le cas de la Romaine, une rivière des plus majestueuses était le théâtre tout indiqué.

D’importantes résistances de certains milieux politiques et d’affaires barrent toutefois la route. Un demi siècle après l’élection qui mènera à la nationalisation de l’électricité au Québec, sommes-nous toujours Maîtres chez-nous ?

Depuis que nous avons fait ce film Alexis et moi, nous sommes heureux d’avoir donné envie ou contribué un tant soit peu à ce que notre peuple se tourne de plus en plus vers ces énergies vertes qui préservent la beauté de notre territoire sauvage. Il reste toutefois beaucoup de chemin à faire puisque malheureusement d’autres beautés deviennent menacées presque chaque semaine.

-Nicolas Boisclair, coréalisateur du film