La beauté, hors du spectre du visible

Par Marianne Desautels-Marissal, auteure et chroniqueuse scientifique

Marianne Desautels-Marissal

En arrimant les yeux aux oculaires de mon microscope, j’ai souvent une pensée pour un drapier néerlandais mort il y a presque 300 ans. Antonie Van Leeuwenhoek fabriquait ses propres lentilles grossissantes afin d’examiner de très près la qualité des tissus. Mais il ne s’arrêta pas au fil: il poussa l’audace jusqu’à observer des gouttes d’eau provenant d’un lac voisin. Ses lentilles étaient d’une qualité si exceptionnelle qu’elles lui permirent de voir très loin dans le minuscule, plus loin que quiconque n’avait pu le faire auparavant.

Leeuwenhoek est l’un des tout premiers humains à avoir posé son regard sur des microorganismesi : un univers de bactéries, de protozoaires, d’algues et de crustacés microscopiques s’agitait dans cette eau bien ordinaire. Des galaxies d’êtres vivants, qu’il nomma animalcules, frétillaient dans la moindre flaque. Un monde de créatures follement élégantes ou monstrueuses, une réalité dont personne n’avait su imaginer les contours.

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La lumière de la vérité : métaphore ou métaphysique?

Par François Doyon, enseignant au collégial, Cégep de Saint-Jérôme

François Doyon

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi nous disons « C’est clair! » quand nous sommes certains d’une chose? Ou pourquoi nous disons « Je vois! », pour dire « Je comprends! »? Derrière ces expressions familières se cachent les vestiges d’une antique conception de la vérité, qui, d’après le philosophe allemand Hans-Georg Gadamer (1900-2002), peut nous permettre de décrire les fondements du phénomène de l’interprétation.

En français, le champ lexical pour parler de la connaissance et de la vérité est intimement lié à la lumière. Cela peut s’expliquer par l’histoire religieuse et philosophique de la culture occidentale. En effet, le christianisme a longtemps enseigné que pour trouver la vérité, il faut savoir se tourner vers la lumière de Jésus-Christ, car il serait la « lumière du monde » (Jean, 8 : 12). De plus, chez Platon, la vérité est également associée à la lumière : « La connaissance et la vérité, il est juste de penser qu’elles sont, comme la lumière et la vue, semblables au soleil dans le monde visible » (Platon, République, 509a). Lumière et vérité sont deux notions intimement liées depuis la naissance de la philosophie et les rédacteurs des Évangiles, baignés de culture hellénistique, se sont approprié la métaphore. À une époque dominée par les succès des sciences expérimentales de la nature, est-il encore pertinent de parler de la vérité en termes si poétiques?

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La question de la beauté dans le film Chercher le courant

Par Nicolas Boisclair, réalisateur, scénariste, recherchiste

Nicolas Boisclair. Source de l'image: http://www.chercherlecourant.com

Nicolas Boisclair. Source de l’image:
http://www.chercherlecourant.com

À un an du début d’un chantier hydroélectrique de 8 milliards de dollars prévu par Hydro-Québec sur la rivière Romaine, nous avions décidé de parcourir cette rivière en canot. Un «  trip » de 500 km qui nous amènera de sa source aux frontières du Labrador à son embouchure dans le Golfe du Saint-Laurent.

Pourquoi ? Parce qu’il nous apparaissait que cette rivière que nous n’avions vue à cette époque qu’en photo méritait un long métrage complet afin de la faire connaître de tout le monde et en soulever les enjeux. Peut-être alors que les gens voudraient collectivement protéger cette rivière ou les quelques grandioses rivières qu’il nous reste contre des projets hydroélectriques de Hydro-Québec. Également, nous sentions que peut-être plusieurs auraient envie de se tourner une fois pour toutes vers les énergies vertes et surtout vers une meilleure efficacité énergétique.

Lien vers le film

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La beauté se trouve-t-elle dans l’œil de celui qui regarde ?

Par Jean Laberge, enseignant au collégial, Cégep du Vieux Montréal

Ne tuons pas la beauté du monde (Paroles de Luc Plamondon magnifiquement chantées par Diane Dufresne)

Jean Laberge. Source de l’image : www.cvm.qc.ca

Jean Laberge. Source de l’image :
www.cvm.qc.ca

Si vous demandez à quiconque ce qu’est la beauté, il vous répond sûrement qu’elle n’existe pas réellement indépendamment des êtres humains qui tiennent diversement, selon leur goût et leurs valeurs, ce qui est beau. La beauté, se plaît-on à dire, se trouve dans l’œil de celui ou celle qui regarde. En somme, la beauté serait une réalité purement personnelle, subjective. C’est pour ainsi dire le triomphe de la position qui fut celle du philosophe d’origine écossaise, David Hume (1711-1776).

Dans un écrit datant de 1742, intitulé « Le Sceptique », Hume écrit :

S’il est un seul principe enseigné par la philosophie auquel nous puissions nous fier, c’est, me semble-t-il, celui-ci, qui peut être jugé certain et indubitable : il n’est rien qui soit en soi-même estimable ou méprisable, désirable ou détestable, beau ou laid; tous ces attributs découlent de la constitution et de la fabrique particulière des sentiments et affections des hommes.1

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