La beauté se trouve-t-elle dans l’œil de celui qui regarde ?

Par Jean Laberge, enseignant au collégial, Cégep du Vieux Montréal

Ne tuons pas la beauté du monde (Paroles de Luc Plamondon magnifiquement chantées par Diane Dufresne)

Jean Laberge. Source de l’image : www.cvm.qc.ca

Jean Laberge. Source de l’image :
www.cvm.qc.ca

Si vous demandez à quiconque ce qu’est la beauté, il vous répond sûrement qu’elle n’existe pas réellement indépendamment des êtres humains qui tiennent diversement, selon leur goût et leurs valeurs, ce qui est beau. La beauté, se plaît-on à dire, se trouve dans l’œil de celui ou celle qui regarde. En somme, la beauté serait une réalité purement personnelle, subjective. C’est pour ainsi dire le triomphe de la position qui fut celle du philosophe d’origine écossaise, David Hume (1711-1776).

Dans un écrit datant de 1742, intitulé « Le Sceptique », Hume écrit :

S’il est un seul principe enseigné par la philosophie auquel nous puissions nous fier, c’est, me semble-t-il, celui-ci, qui peut être jugé certain et indubitable : il n’est rien qui soit en soi-même estimable ou méprisable, désirable ou détestable, beau ou laid; tous ces attributs découlent de la constitution et de la fabrique particulière des sentiments et affections des hommes.1

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Capsules vidéos

Faire de la beauté une question philosophique est d’autant plus pressante dans le monde réel dans lequel nous vivons. Nous pouvons voir dans cette urgence le legs de Dostoïevski dans la question de cette 28e édition. Mais de quelle beauté parle-t-on? Va-t-elle être salvatrice? Comme tous sujets philosophiques, la beauté reste un mystère pour quiconque tente d’en parler. Nous avons voulu entendre différentes personnes du Québec dont leur champ d’activités professionnelles implique la beauté. Au lieu de leur demander un écrit sur la question, nous souhaitions vous faire entendre leur voix. Ils seront 9 et les entretiens seront diffusés dès cette semaine sur notre page Facebook. En plein cœur de cette diffusion se tiendra une «Semaine de la poésie» où 7 poètes prendront la parole sur la question «La beauté sauvera-t-elle le monde?».

Voici le lien vers la vidéo de présentation diffusée aujourd’hui. Chaque participant avait à répondre à la question suivante: «Qu’est-ce que la beauté?» :

Ici sur notre chaîne Vimeo ou là sur notre page Facebook.

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Nous ferons un article sur ce site pour présenter chaque entrevue et chaque poème. Ce projet de capsules est rendu possible par le travail du réalisateur, cinéaste et photographe Elias Djemil. Les entrevues ont été menées par la professeure de philosophie et co-organisatrice de la présente édition du Concours Joëlle Tremblay.

La beauté sauvera-t-elle le monde?

Par Benoît Castelnérac, professeur au département de philosophie et d’éthique appliquée de l’Université de Sherbrooke

Benoît Castelnérac. Source de l’image : www.usherbrooke.ca

Benoît Castelnérac. Source de l’image :
www.usherbrooke.ca

Supposons que le monde soit sauvé, ce serait sans doute l’œuvre d’un Titan.

Imaginons ce Titan, fulminant et effrayant, sentant le souffre, rude et brute. Si j’étais devant lui, j’irais quand même lui faire un énorme câlin, s’il me laissait le faire. Je n’aurais pas le choix de dire: « hier tu étais peut-être laid, immonde, mais aujourd’hui tu es beau. Tu as sauvé le monde! »

Cela pour dire que si on me donnait le choix entre sauver le monde et conserver mon idée de la beauté, je préférerais finalement le laid, le repoussant, l’hideux, et que le monde soit sauf. Dire qu’il faudrait sauver la beauté plutôt que le monde me semblerait manquer de sensibilité. Si le monde devait disparaître et que la beauté lui survive, que serait ce genre de beauté ? Une beauté invisible ? Et que dire de la beauté du monde. Sauver le monde, c’est sauver la beauté avec lui, n’est-ce pas ?

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